A la rencontre des baleines des îles Mingan

Insolite

A la rencontre des baleines des îles Mingan

07 Jul 2017
par Vanesse Melodie

Richard Sears, chercheur et fondateur de la Station de Recherche des Îles Mingan, a accepté de répondre à quelques questions sur son travail et sa passion pour les baleines. De passage à Paris pour se rendre aux Açores, il nous a livré quelques bribes de son quotidien auprès des géants des mers.

Vous proposez des stages pour faire découvrir aux voyageurs votre activité, comment se passe une journée en mer ?

Nous nous rejoignons tous au village de Mingan aux alentours de 7-8h du matin. Après un petit topo sur le déroulement de la journée, nous embarquons à bord d’un bateau pneumatique rigide et nous nous éloignons vers le large. Il peut nous arriver de parcourir jusqu’à 120 miles (200 kilomètres) dans une journée. Lorsque nous nous approchons des baleines, nous prenons le temps de les observer sans les déranger. Vers 16h, nous reprenons la route du retour. Bien entendu, rien n’est figé ! Il m’est déjà arrivé de rentrer à 15h à cause de mauvaises conditions en mer, mais aussi à 21h parce que nous avions croisé sur notre chemin plus de 150 mammifères marins !

Rencontrez-vous des baleines à chacune de vos sorties ?

Nous partons en général à plusieurs bateaux afin de couvrir un territoire plus large. Cela augmente nos chances d’apercevoir des baleines. Il ne nous arrive que très rarement de ne croiser aucune baleine. Mais dans ces cas là, les dauphins à nez blancs, les oiseaux, les phoques et les marsouins communs restent de très beaux lots de consolation !

Quelles espèces pouvons-nous admirer dans l’archipel de Mingan ?

On croise principalement des baleines à bosse, des petits rorquals et des rorquals communs. La baleine bleue et le cachalot peuvent aussi être observés mais ils sont plus rares.

Comment se déroule la journée type de Richard Sears ?

Franchement, je n’ai pas de « journée type ». J’ai quitté le Québec avant-hier, aujourd’hui je suis à Paris, demain je pars aux Açores accompagner un groupe de touristes pour observer la baleine bleue, le rorqual boréal et la baleine à bosse. Je voyage beaucoup.

Lorsque je suis en mer, je collecte des échantillons de peau avec une arbalète. Les différentes biopsies permettent d’obtenir de précieuses informations sur l’ADN, le sexe et la généalogie des baleines. J’installe aussi régulièrement des balises GPS sur les baleines. Elles fonctionnent en moyenne pendant un bon mois et me permettent d’analyser leurs habitudes.

L’une de nos balises, installée en novembre dernier, fonctionne toujours à ce jour. C’est la première fois que j’assiste à un tel phénomène ! Les nombreuses informations récoltées nous ont permis de découvrir que la baleine sur laquelle la balise a été installée était à plus de 800 kilomètres au large de la Nouvelle Écosse, dans une zone que l’on croyait jusqu’alors inhabitée par les baleines !

Vous étudiez les baleines des îles Mingan depuis plus de 30 ans. Avez-vous établi un lien spécial avec certaines d’entre elles ?

Je ne peux pas vraiment dire qu’un lien s’est établi. Les baleines connaissent le bateau, elles y sont habituées, en particulier les rorquals bleus, qui sont très curieux et aiment voir ce qu’il se passe à l’intérieur. Dans tous les cas, les baleines restent des animaux sauvages et un minimum de silence et des gestes doux sont de rigueur à leur approche. Bien sûr je suis capable de reconnaître certaines des baleines que je suis depuis plusieurs années, mais est-ce qu’elles me reconnaissent ? Personne ne peut le savoir !

De quelle manière les voyageurs participent-ils aux recherches ?

Il existe beaucoup de moyens de nous aider dans nos recherches. Lorsque les voyageurs décident de faire un stage de quelques jours avec nous, ils sont aussi utiles sur terre qu’en mer. Certains collectent des données, d’autres prennent des notes, mais l’observation reste la participation qui nous est la plus utile. Avoir une paire d’yeux neufs braqués sur une baleine que nous connaissons nous permet de découvrir toujours plus de choses. A vrai dire, beaucoup de nos stagiaires nous ont permis de faire des  avancées importantes dans nos recherches !