Interview de Bernard Patron sur la Compensation Solidaire

Insolite

Interview de Bernard Patron sur la Compensation Solidaire

10 Mar 2019
par Pascale Heugas

A la tête de l'agence Routes des Voyages depuis 1994, Bernard Patron est à l'origine d'un programme innovant: la Compensation Solidaire.

Retrouvez son interview...

Journal du Tourisme Durable : En quelques mots, pourriez-vous présenter votre structure ?

Bernard Patron : J'ai créé la Route des Voyages en 1994 pour construire et vendre des voyages sur mesure. L'équipe est constituée aujourd'hui de 28 agents spécialisés par pays. Cette équipe commercialise notre offre via 7 agences (Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Annecy, Angers et Geneve) auprès d'une clientèle d'individuels. Ces familles, couples ou groupe d'amis nous contactent pour construire un voyage de découverte sur une de nos 80 destinations (Amérique nord et Sud, Asie, Afrique, Océanie, Europe..).

Journal du Tourisme Durable : Comment est né ce projet ? Quelle est la différence entre "compensation carbone" et "compensation solidaire" ?

Bernard Patron : A l'origine, nous avions mis en place la compensation carbone avec un projet de reforestation à Madagascar. Suite à une réflexion, nous avons considéré que la Compensation Solidaire s'appliquait mieux à notre contexte. Par la compensation carbone, on achète un droit à polluer, la compensation solidaire, elle, ne donne pas le droit à détériorer un territoire et ne vient pas compenser les effets d'un tourisme irresponsable. Le voyageur ne consomme pas seulement du kérosène, il profite également d'infrastructures, de ressources paysagères, d'environnements préservés, de patrimoines culturels, en fait tout ce qui fait l'attractivité d'un territoire, sans contribuer nécessairement à sa préservation ou à son développement harmonieux. La Compensation Solidaire vient aider des territoires dans leur développement ou la préservation de leurs richesses.  

Journal du Tourisme Durable : Cette compensation est-elle obligatoire ? Inclue dans le devis ? Proposée ou imposée ? Au téléphone ? Par courrier ? Expliquez-nous..

Bernard Patron : Nous parlons de la Compensation Solidaire à nos clients, lorsque nous leur présentons la Route des Voyages. Nous l'incluons d'office dans tous nos devis avec la possibilité pour nos clients de l'enlever. Cela représente un coût de 30€ par passager pour un long courrier, que la Route des Voyages complète à hauteur de 20€, soit 50€ envoyés à une des associations que nous soutenons. Cette participation fait l'objet d'un reçu déductible fiscalement.

Journal du Tourisme Durable : Un premier bilan ? (chiffres) ? Au final, quels projets concrets sont déjà sur les rails grâce à ce dispositif ?

Bernard Patron : Le bilan est très positif. La grande majorité de nos clients souscrivent la compensation solidaire. En 2018, plus de 1800 de nos voyageurs ont participé à ce programme ce qui a permis de reverser près de 80.000€ aux projets soutenus : une association indienne "Hijos de la luz" dont l’objet social est l’aide à l’enfance en difficultés. Et trois associations en Centrafrique: Nutrition Santé bangui qui développe un programme à base de spiruline et de poisson pour remettre sur pied des enfants gravement malnutris. L’association KIZITO qui a pour but d’accueillir des mineurs en alternative à la prison ou vivant dans la rue et le projet St Joseph de Markounda qui a pour finalité la resocialisation des enfants soldats.

Journal du Tourisme Durable : Pourquoi choisir le mot "compensation" ? En terme de marketing, n'est-ce pas trop culpabilisant ? Plutôt que "participation" à un "fonds de développement" par exemple...

Bernard Patron : Pourquoi pas fonds de développement. Mais par ce mécanisme, nous venons compenser les carences d'états, qui tout en bénéficiant des rentrées du tourisme laissent certains territoires sans moyens ni gouvernance. La Compensation Solidaire a moins de pertinence dans des pays où les taxes de séjour et la TVA payées par les touristes servent au développement et où les territoires bénéficient de fonds structurels. Les voyageurs savent bien que dans beaucoup de pays les ressources touristiques ne profiteront jamais à certains. Il s'agit bien de compenser au niveau d'un territoire un état de fait.  

Journal du Tourisme Durable : Un appel à faire passer auprès des professionnels du tourisme ? Un besoin particulier ? Une suggestion/idée ?

Bernard Patron : D'autres acteurs du tourisme sont engagés dans une démarche de tourisme responsable et éthique mais le programme de Compensation Solidaire est unique. Le partage des idées associées à ce concept et la mise en commun de pratiques nous aiderait à avancer et à avoir plus de résultats.

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